Sommet Chine-UE : Interview de l’ambassadeur de Chine en France, M. Lu Shaye

Source:amb-chine.fr 2022-04-06 | | Publié le:2022-04-07

Interview de l’ambassadeur de Chine en France, M. Lu Shaye, à l’occasion du 23e sommet Chine-Union européenne qui s’est tenu en visio-conférence ce vendredi 1er avril 2022, en présence des dirigeants chinois et européens.

Le 23e sommet Chine-UE s’est déroulé comme prévu le 1er avril dernier. Pourriez-vous présenter la situation dans laquelle celui-ci s’est déroulé ainsi que les consensus obtenus ?

Lu Shaye : C’est la deuxième réunion annuelle des dirigeants chinois et européens en près de deux ans. C’est également le niveau d'échange entre la Chine et les institutions européennes le plus important, surtout dans ce contexte, en prenant en compte la situation internationale, touchée par des facteurs complexes entremêlés : des changements de situation inédits, la pandémie du siècle, des conflits entre différentes régions du globe, etc. La rencontre a été franche, approfondie et ouverte. Les dirigeants des deux parties ont procédé à un échange de vues complet sur les relations sino-européennes, la coopération dans divers domaines et sur les questions internationales et régionales actuelles. Sans parvenir à un accord sur toutes ces questions, la compréhension mutuelle en est sortie renforcée et l'amitié Chine-UE a été maintenue.

De son point de vue stratégique et à long terme, la partie chinoise a toujours eu beaucoup de considérations pour les relations sino-européennes. Lors de la réunion vidéo avec le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne von der Leyen, le président Xi Jinping a clairement exprimé que la politique de la Chine envers l'UE resterait stable et cohérente, espérant que l'UE puisse avoir une compréhension indépendante de la Chine et élaborer une politique indépendante face à la Chine. Dans un contexte où les relations Chine-UE sont lourdement perturbées par des facteurs externes, le président Xi a adopté une vision à long terme, englobant toute l’étendue de la situation. Il a avancé trois suggestions pour le développement des relations Chine-UE.

D’abord, il faut protéger les deux grands piliers de la paix mondiale, en opposant la stabilité des relations sino-européennes à l’incertitude qui existe dans les relations internationales. Ensuite, il faut créer deux grands marchés qui puissent favoriser le développement commun et promouvoir le développement en profondeur de la mondialisation économique, grâce à l'ouverture et à la coopération Chine-UE. Enfin, il faut que nos deux grandes civilisations aident à favoriser le progrès humain en répondant aux défis mondiaux grâce à la solidarité et la coopération entre la Chine et l'UE.

Le discours du président Xi était sincère et éclairant, indiquant une voie limpide à suivre pour le navire des relations Chine-UE. Le Premier ministre Li Keqiang, qui co-présidait la réunion avec les dirigeants européens M. Michel et Mme von der Leyen, a rappelé que la Chine et l'UE sont respectivement le plus grand pays en développement et la plus grande organisation de pays développés, constituant l'un et l'autre les plus grands partenaires commerciaux. Les relations sino-européennes demeurent donc cruciales pour la paix mondiale, la stabilité et le développement.

Les dirigeants de l'UE ont quant à eux reconnu que la Chine constitue une force de premier ordre dans le monde, affirmant leur attachement au développement des relations avec la Chine ainsi qu’au principe d’une seule Chine. Ils ont déclaré que l’UE est disposée à continuer à approfondir sa coopération avec la Chine dans divers domaines tels que le commerce, l'investissement, l'énergie et le développement vert, afin de répondre conjointement aux défis mondiaux comme l’épidémie de coronavirus, le changement climatique ou la conservation de la biodiversité. La rencontre a donné le ton principal de la coopération pour la prochaine étape des relations Chine-UE.

Depuis l'année dernière, les relations Chine-UE ont connu des turbulences, des rebondissements, des perturbations provoquées. Quelles sont les perspectives des relations Chine-UE à l’avenir ? Sur quoi faut-il se concentrer ?

Lu Shaye : En effet, en un siècle de changements, la situation mondiale s’est caractérisée par des turbulences interdépendantes. La tendance vers la paix et le développement font face à des vents contraires. Dans ce contexte, les relations Chine-UE sont entrées dans une période de remaniement historique, il est inévitable qu'elles connaissent quelques secousses. Une des raisons importantes à cela est le biais dans la perception de la Chine par la partie européenne. Cette réunion est d'une grande importance pour corriger la direction du développement des relations Chine-UE dans un sens sain et stable. Au cours de la réunion, les dirigeants chinois ont réitéré fermement la constance de leur position quant à l'orientation et leurs attentes sur les relations sino-européennes. Ils ont en même temps manifesté leur ardent espoir de voir l’UE faire preuve de plus d'autonomie et de constance vers une compréhension correcte de la Chine et de voir la promotion conjointe des relations sino-européennes revenir dans le droit chemin de la coopération.

Nous sommes fermement convaincus qu’il suffit qu’il y ait, entre les deux parties, respect et compréhension mutuels, rejet des ingérences et adaptation aux divergences, consensus mutuel sur les points essentiels entre les dirigeants, pour que la stabilité et le développement à long terme des relations sino-européennes soient assurés, ce qui profitera à la Chine et à l'UE autant qu’au reste du monde. Plus précisément, la Chine et l'UE peuvent approfondir leur coopération dans quatre domaines à l'avenir :

Premièrement, c’est de s’ériger en défenseur de la paix. La Chine et l'UE sont toutes deux favorables au dialogue et se sont engagées à préserver la paix. Les deux parties doivent assumer leurs responsabilités politiques, résister conjointement au retour d’une mentalité d’affrontement de camps, s'opposer conjointement à la création d'une « nouvelle Guerre froide » pour maintenir conjointement la paix et la stabilité mondiales.

Deuxièmement, c’est d’être promoteur de croissance. Malgré la sombre situation actuelle, la coopération économique et commerciale Chine-UE poursuit sa lancée de développement rapide entamée l'année dernière, avec davantage de « qualité » comme de « quantité ». Le volume des échanges entre la Chine et l'UE a dépassé 800 milliards de dollars, un niveau record. La Chine reste le plus grand partenaire commercial de l'UE et le nombre de trains de marchandises entre la Chine et l’Europe s’élève à 1 000 par mois, 10 000 par an, soit une augmentation de 22 % sur un an. Les investissements bilatéraux entre la Chine et l'UE ont dépassé 270 milliards de dollars américains. Selon une enquête de la Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine, 60 % des entreprises interrogées prévoient d'étendre leurs activités en Chine, et les bénéfices de près de la moitié des entreprises interrogées en Chine sont supérieurs à ceux de la moyenne mondiale. Les deux parties doivent donc saisir cette occasion et continuer à approfondir leurs stratégies de développement en communion.

Troisièmement, il faut être promoteur de réforme. La défense et le maintien du multilatéralisme demeurent un consensus entre la Chine et l'UE. Il en va de la responsabilité des deux parties, qui doivent pratiquer un véritable multilatéralisme, de plaider en faveur d'un concept de gouvernance mondiale fondé sur le principe d'une large consultation, d'une contribution conjointe et de bénéfices partagés afin de relever conjointement les défis mondiaux tels que l'épidémie, le changement climatique, la biodiversité et le développement durable. Pour travailler ensemble et faire de grandes choses.

Quatrièmement, il faut apprendre des civilisations des uns des autres. La Chine et l'Europe sont deux splendides civilisations. Les deux parties doivent renforcer les échanges et l'apprentissage mutuel, fournir plus de nourriture au progrès de l'autre et plus de vitalité dans la prospérité mondiale. Les deux parties doivent intensifier leurs échanges et la coopération dans les domaines de l'éducation, de la culture, du tourisme, de la langue, de la jeunesse et des sports, consolider dans l’opinion publique les fondements de l'amitié Chine-UE et, en même temps, s'opposer fermement à l’« étiquetage », la « stigmatisation », la « politisation », afin d’éliminer des deux côtés, toute perturbation dans le dialogue culturel.

La question ukrainienne était l’un des principaux sujets de la réunion et les dirigeants chinois et européens ont mené des discussions approfondies à ce sujet. Quel rôle la Chine jouera-t-elle dans la résolution du problème ukrainien ?

Lu Shaye : La Chine a toujours prôné la paix et s'est toujours opposée à la guerre. Elle porte ses jugements en partant de la véracité des faits en eux-mêmes et procède de manière autonome et indépendante. Elle a toujours prôné le maintien du droit international et reconnu les normes de bases qui régissent les relations internationales. Elle continue de baser son action sur la Charte des Nations Unies et préconise une approche prudente à la fois commune, globale, coopérative et durable. À l'heure actuelle, la crise ukrainienne n'est pas apaisée et la Chine regrette profondément l'évolution de la situation. Le président Xi Jinping a rappelé que plus la situation est compliquée, plus il convient de rester calme et rationnel, de faire preuve de courage politique en toutes circonstances, de créer un espace pour la paix et de laisser la place au règlement politique. Sur la question ukrainienne, la Chine a fait de son mieux pour la paix, reste toujours du côté de la paix, du dialogue et de la justice, et continuera à jouer un rôle responsable et constructif.

Lors d'un sommet vidéo le mois dernier avec le président français Macron et le chancelier allemand Scholz, le président Xi Jinping a proposé une solution dite des « Quatre Incontournables » à la question ukrainienne. La Chine a également présenté successivement une position « en cinq points », ainsi qu’une initiative « en six points », afin d’atténuer la crise humanitaire, faire entendre la voix de la Chine et apporter la sagesse chinoise pour désamorcer la crise et apaiser la situation. Lors du sommet Chine-UE, le président Xi a une fois de plus mis en avant ses « quatre points » pour résoudre la crise :

Premièrement, il faut insister pour obtenir des pourparlers sur la paix. La communauté internationale doit continuer à créer les conditions et l'environnement adéquats pour un processus de négociation russo-ukrainien et ouvrir un espace de règlement politique, sans ajouter d'huile sur le feu, ni intensifier les contradictions. Le président Xi a parlé de manière très pertinente, directe et clairvoyante. Il y a quelques jours à peine, la négociation russo-ukrainienne était sur le point d'aboutir à un accord. L'armée russe avait retiré ses troupes des environs de Kiev et la situation montrait des signes d'apaisement. C’est là que la partie ukrainienne a tout d’un coup choisi de révéler le « massacre de Bucha », accusant l’armée russe d’avoir massacré des civils ukrainiens et commis un « génocide ». Les médias occidentaux ont réagi rapidement, insistant sans discernement sur le fait que tout cela aurait été du fait de l'armée russe. Immédiatement, les pays de l'UE, dont la France et l'Allemagne, ont annoncé l'expulsion massive de diplomates russes. La partie russe a immédiatement nié l'allégation, l'accusant d'un scénario conçu par la partie ukrainienne pour piéger la Russie et a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de convoquer une réunion d'urgence pour examiner la question, avant d’essuyer deux refus par l’Angleterre qui présidait au Conseil ce mois-ci. Cette affaire est assez étrange, comment se fait-il qu’elle ne se soit pas produite plus tôt ou plus tard, mais à l'aube de la paix ? La situation qui venait de s'apaiser est redevenue tendue. Apparemment, la paix ne semble pas souhaitée par tout le monde.

Le second point, c’est de prévenir une crise humanitaire plus grave. La Chine a fourni plusieurs lots d'aide humanitaire d'urgence à l'Ukraine ainsi que des fournitures aux pays européens qui ont accueilli un grand nombre de réfugiés. Elle est disposée à maintenir la communication avec la partie européenne à ce sujet.

Le troisième est de construire une paix durable en Europe et sur le continent eurasien. La Chine soutient l'Europe, en particulier l'UE, pour qu'elle y joue un rôle de premier plan, soutient le dialogue entre l'Europe, la Russie, les États-Unis et l'OTAN, et promeut la mise en place d'un cadre de sécurité européen équilibré, efficace et durable.

Enfin, il faut empêcher l'expansion des conflits locaux. La crise ukrainienne doit être correctement gérée, en évitant de faire n’importe quoi dans la précipitation, et sans lier le sort du monde entier à ce problème en laissant les peuples des autres pays en payer le prix fort. La crise ne doit pas pouvoir trop aisément porter de coup au système économique mondial, et encore moins politiser, instrumentaliser, ni militariser l'économie mondiale, ce qui provoquerait de graves crises dans la finance mondiale, le commerce, l'énergie, la science et la technologie, l'alimentation, l'industrie et les chaînes d'approvisionnement. La Chine et l'UE doivent s'engager à gérer la situation et à prévenir les débordements de cette crise. Il faut, en particulier, maintenir la stabilité du système économique mondial, de ses règles et de ses fondements, pour que les citoyens soient davantage rassurés.

Interview parue originalement en chinois le 06/04/2022 dans Nouvelles d’Europe.


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