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La protection de l'environnement et la consommation durable

Publié le:2012-09-18 | Augmenter la taille du texte | Réduire la taille du texte

Par:Ma Jingpeng | Source:

  La consommation durable est une consommation dans l’esprit du développement durable. Elle veille à satisfaire les besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. La consommation et la production durables ont été définies comme des priorités lors du Sommet de la Terre de 2002 à Johannesburg. Mais quels sont aujourd’hui les enjeux d’une consommation plus durable, surtout dans le plus grand pays en voie de développement qu’est la Chine ? Quels rôles doivent y jouer les consommateurs chinois ? Les acteurs économiques et les pouvoirs publics ?

  Au fur et à mesure de l’amélioration de la qualité de vie en Chine, la population s'attache de plus en plus au problèmes environnementaux. En fait, l’environnement de notre pays laisse à désirer et reste encore à s’améliorer pour répondre aux attentes de la population. Les causes des problèmes environnementaux sont compliquées. Du point de vue du rapport entre la production et la consommation, nombreux sont ceux qui considèrent qu’il faut attribuer toutes les fautes aux producteurs. Cependant, les consommateurs, eux aussi, ne peuvent pas se soustraire à leur propre responsabilité. En effet, la consommation durable est un moyen très efficace pour résoudre les problèmes écologiques qui se posent aujourd’hui en Chine et elle est également le fondement de la protection de l’environnement : consommer de manière responsable revient à privilégier les comportements qui économisent l'énergie et préservent les ressources naturelles.

  Le Programme d’action du Sommet Mondial du Développement Durable (été 2002) réaffirme l’importance de changer les modes de production et de consommation : « Il est indispensable de modifier radicalement la façon dont les sociétés produisent et consomment si l’on veut assurer un développement durable. Tous les pays devraient s’efforcer de promouvoir des modes de consommation et de production viables, les pays développés montrant la voie et tous les pays en bénéficiant, compte tenu des principes de Rio, notamment le principe des responsabilités communes mais différenciées » (Ch. III, paragraphe 14).

  Le mode de vie européen ou américain est beaucoup apprécié par la plupart d’entre nous. Or, si nous le considérons en partant des conditions existantes de l’environnement et des ressources, ce mode de vie ne s’adapte pas à la réalité chinoise. Les populations des pays développés européens et des Etats-Unis représentent 15% du total de la planète, mais elles consomment 56% de la production pétrolière mondiale, 60% de la production mondiale de gaz naturel et plus de la moitié des ressources minérales d’importance majeure. La Chine compte 1,3 milliard d’habitants, soit 22% de la population mondiale. Si elle encourage le mode de vie européen ou américain, elle va consommer la plupart des ressources mondiales. Il s’agit là d’une position aussi irresponsable qu’insupportable vis-à-vis de l’environnement.

  Nos modes d’habitude de production et de consommation exercent une pression croissante sur l’environnement. Signe encourageant : de plus en plus de Chinois reconnaissent la nécessité d’un changement. Mais comment se traduit cette prise de conscience ? Dans les faits, les Chinois sont encore peu nombreux à favoriser les marques et les produits les plus respectueux de l’environnement dans leurs achats. La plupart d’entre eux sont d'ailleurs incapables de citer spontanément une entreprise dont ils ont entendu parler positivement en matière de développement durable et ils pensent que les produits « verts » sont plus chers que les autres. En termes de consommation, et surtout d’habitude d’achat, les changements de comportements sont toutefois plus lents ou plus difficiles, sauf pour les produits fortement énergivores pour lesquels le critère environnemental traduit en économie d’énergie trouve désormais une place importante dans les critères de choix.

  La consommation durable s’efforce de privilégier les modes de consommation écologiquement et éthiquement viables : limiter les effets négatifs de la consommation sur l’environnement et inciter les offreurs à proposer sur le marché de nouveaux biens plus respectueux des milieux naturels et des droits économiques et sociaux de ceux qui participent à leur production. Facile à dire. Et à faire ?

  Pour réaliser une consommation plus durable et construire une « société harmonieuse et respectueuse de l’environnement», nous aurons beaucoup de travail à faire :

  Renforcer le rôle des pouvoirs publics et élaborer les mécanismes de consommation durable. Actuellement, les mesures adoptées par les principaux pays du monde pour réaliser la consommation durable sont des politiques sur la protection de l’environnement, qui visent à changer le mode de production et celui de surconsommation. La consommation durable exige que les consommateurs sélectionnent et achètent rationnellement les produits, que les entreprises assument réellement la responsabilité environnementale et que les pouvoirs publics prennent des mesures énergiques pour encourager cette tendance. La réalisation de la consommation durable dépend principalement du gouvernement, dont les décisions jouent un rôle très important. L’élaboration d’un système complet de consommation durable a besoin du soutien des pouvoirs publics qui pourront encourager la consommation « verte » en adoptant des politiques qui s’y rapportent et guider le peuple pour consommer de manière responsable. Il faut promouvoir l’économie de recyclage dans le domaine de la production et encourager la production et l’utilisation des écoproduits. La généralisation progressive de « l’usine verte », des «aliments verts »  et des « technologies vertes » contribuera à la réforme des modes de production et de consommation et à harmoniser les rapports entre l’homme et la nature. Le gouvernement doit veiller à jouer pleinement son rôle d’orientation et, en adoptant des plans industriels et des mesures politiques énergiques, tâcher d’arriver à ce que les entreprises et les producteurs économisent les ressources et réduisent la pollution.

  Le système de consommation durable sont en fait l’ensemble des mécanismes concernés, qui comporte au moins les mécanismes de régulation, de marché, de production, de récompenses-punitions, de propagande et d’éducation. Un mécanisme de régulation scientifique contribue à contrôler efficacement les comportements des consommateurs. Le mécanisme de marché peut jouer un rôle de garantie, par exemple, une politique stricte d’accès au marché peut interdire l’écoulement des produits qui sont défavorables à l’environnement. En ce qui concerne le mécanisme de production, le mode de production propre peut satisfaire aux demandes de produits verts, ce qui constitue un levier de la consommation durable. Le mécanisme de récompenses-punitions est, dans une certaine mesure, une force motrice pour encourage la consommation durable. Les mécanismes de propagande et d’éducation mènent en profondeur la campagne de consommation durable dans les domaines idéologique et moral, qui rendent l’action des consommateurs plus consciente dans le cadre du développement durable et de la protection de l’environnement.

  Renforcer le rôle de l’opinion publique pour guider la consommation des citoyens. Dans ce sens, trois volets doivent être considérés sérieusement : Primo, promouvoir la consommation rationnelle. Au cours du processus de consommation, il faut tenir compte à la fois des effets positifs et négatifs. Secundo, encourager la consommation modérée, c’est à dire consommer selon ses capacités. Tertio, maintenir la consommation équitable. Il faut respecter le principe d’égalité entre les générations actuelles et futures et il ne faut pas nuire aux intérêts des autres personnes ou régions. Les générations actuelles doivent prendre la responsabilité de leurs actes : utiliser rationnellement les ressources renouvelables et protéger efficacement les ressources non renouvelables.

  La consommation durable doit se développer à l’aide des politiques de soutien de l’Etat, qui comprennent non seulement les politiques de subvention, de compensation, de fiscalité, de production propre etc., mais aussi un système d’orientation politique qui englobe les volets suivants : 1. Politique de prix des produits durables, qui met l’accent sur l’utilisation payante des ressources naturelles et la protection de l’environnement. 2. Politique de commerce durable, il s’agit d’un système commercial qui ne nuit pas à l'environnement ni ne détériore les conditions sociales tout en favorisant la croissance économique. 3. Politique d’assurance liée à la responsabilité environnementale (par exemple Environmental Impairment Liability Insurance en Angleterre, Pollution Legal Liability Insurance aux Etats-Unis). La Chine est l’un des pays les plus pollués du monde. L’assurance de la responsabilité environnementale contribue à la protection de l’environnement, en réglant des différends liés à l’environnement et en diversifiant des risques. Le développement de ce genre d’assurance en Chine revêt une importance significative. 4. Politique sur les techniques de protection de l’environnement. L’Etat doit soutenir et financer la recherche et le développement (R&D) des technologies vertes et élaborer des mécanismes d’innovation technique dans ce domaine. 5. Politiques sur l’élaboration de l’éco-label. Il permet au consommateur de repérer facilement les produits plus responsables. Le label opère en effet une standardisation des critères environnementaux et/ou sociaux, organise le contrôle de ces critères et atteste leur conformité par l’apposition de son logo sur le produit. Un passage à la consommation durable exige une conjugaison de facteurs culturels, psychologiques et structurels. Concrètement, les produits verts et équitables s’imposeront lorsqu’ils associeront une bonne qualité, un label reconnaissable et des prix concurrentiels. Il faudra qu’au moment du choix, les produits bénéficient d’une image positive aux yeux du consommateur.

  Bien que la pensée sur la consommation durable se traduit plus ou moins dans certaines lois et règlements, la Chine ne possède pas une loi spécifique sur la Consommation durale. La Loi de Protection des intérêts du consommateur publiée en 1993 met l’accent sur la liberté de la consommation, tandis que la consommation durable exige la réduction ou la limitation d’une consommation qui nuit à l’environnement. Par conséquent, une loi spécifique sur la consommation durable doit souligner la « durabilité» et la « protection de l’environnement ». En outre, les lois sur les ressources telles que la Loi sur la protection de l’environnement et la Loi sur les ressources en eau doivent être en même temps révisées : la responsabilité et l’obligation qu’exige la consommation durable doivent être ajoutées dans ces lois.

  L’exploitation et l’utilisation de l’environnement et des ressources naturelles par l’être humain sont liées étroitement à l’activité de consommation. De ce fait, réglementer et guider le comportement des consommateurs a pour but final l’équilibre et la sécurité du système écologique. Si le recours aux moyens de propagande et d’éducation ne permet pas d’obtenir les résultats prévus pour la réalisation d’une consommation durable, il est donc nécessaire d’élaborer les lois et règlements dans ce domaine. C’est ainsi que les hommes peuvent changer leur mode de consommation, de sorte que leur comportement de consommation sera favorable à l’amélioration de l’environnement et à la protection écologique et que l’intérêt commun de l’humanité sera réalisé.

  Si nous pensons que le développement durable est la voie nécessaire pour la société humaine, la consommation durable constitue le seul choix et la force motrice pour développer une économie verte, qui est déjà devenue le courant principal du développement mondial en matière d’environnement. La responsabilité de changer les modes de production non durables repose avant tout sur l’épaule des pays riches. Comme il a été énoncé dans la Déclaration de Rio, puis ensuite rappelé au Sommet de Johannesburg dix ans plus tard, «les pays développés admettent la responsabilité qui leur incombe dans l’effort international en faveur du développement durable, compte tenu des pressions que leurs sociétés exercent sur l’environnement mondial et des techniques et des ressources financières dont ils disposent ». En tant que le plus grand pays en voie de développement et la deuxième économie mondiale, la Chine ne doit pas copier le mode de développement des pays industrialisés qui ont payé cher (pollution, surconsommation...) pour réaliser une croissance économique très rapide, elle doit agir selon sa situation nationale et former progressivement un système de production à faible consommation d’énergie et un mode de consommation rationnelle. Elaborer et généraliser un mode de consommation durable se conformant à la tendance générale de l’époque et un mode de développement des industries vertes s’adaptant à la réalité chinoise revêt donc une grande importance : d’une part, cela contribue à la protection des ressources naturelles et de l’environnement pour que le développement économique et social ne dépasse pas le seuil de tolérance de la nature qui a fait naître l’homme ; d’autre part, cela contribue à accélérer la restructuration industrielle et à faire en sorte que l’économie verte devient un nouveau secteur clé dans l’économie nationale, ce qui ouvrira la voie à un développement vraiment durable, où les rapports entre l’économie et l’environnement seront plus harmonisés.