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Suisse-Chine, un partenariat pionnier et innovant

Publié le:2015-08-25 | Augmenter la taille du texte | Réduire la taille du texte

Par:LIANG Chen | Source:french.china.org.cn

La Suisse a été parmi les premiers pays à reconnaître la République populaire de Chine, en janvier 1950, date à laquelle un télégramme est parti pour Beijing annonçant la volonté suisse de créer des relations avec la toute jeune Chine nouvelle. Cela fait donc 65 ans cette année que les deux pays entretiennent des relations diplomatiques. « Je pense que les Chinois ont été touchés par le fait que nous étions très tôt présents dans leur histoire moderne», nous fait remarquer Jean-Jacques de Dardel, en poste à Beijing depuis bientôt deux ans. « La Suisse jouit donc d'une bonne réputation, d'autant plus qu'elle a été précoce dans la reconnaissance de la Chine, ce qui fait que la relation est instinctivement facilitée. Cela a permis de beaucoup développer l'ensemble de nos coopérations », ajoute-t-il.

Pourquoi reconnaître si tôt un pays qui ne fut reconnu qu'une vingtaine d'années plus tard par la plupart des grands pays occidentaux ? D'après Jean-Jacques de Dardel, cela paraissait évident : « D'une manière générale, la Suisse ne ferme pas les yeux, elle les écarquille d'autant plus: elle comprend que les systèmes peuvent être différents, les gouvernements peuvent être différents, mais que nous faisons tous partie de la communauté des États. »

C'est donc dans un esprit pionnier que se sont construites les relations Suisse-Chine et les dates qui jalonnent le cheminement de celles-ci sont souvent des premières, des grandes premières ou des quasi-premières.

Un esprit pionnier

En effet, dès les années 60, la Suisse et la Chine développent des échanges entre étudiants et intellectuels. Dans les années 70, ceux-ci sont institutionnalisés et en 1979 est organisée une exposition chinoise à Zurich, première ville occidentale à monter un jumelage avec une ville chinoise, Kunming.

Autre grande première : la Suisse établit très tôt un dialogue sur les droits de l'homme avec la Chine sur la demande des Chinois.

Mais ce n'est pas tout, car dans le domaine économique, plusieurs grandes premières ont eu lieu : « On a eu la première entreprise mixte entre une entreprise chinoise et une entreprise occidentale avec Schindler en 1980. » Mais l'évènement vraiment marquant c'est en 2007, lorsque la Suisse reconnaît le statut d'économie de marché de la Chine. De plus, il y a tout juste un an, le 1er juillet 2014, l'accord de libre-échange signé par la Chine et la Suisse une année plus tôt est entré en vigueur. Le premier entre la Chine et un pays européen continental.

Commerce et innovation : deux leitmotive communs

Les échanges commerciaux sino-helvétiques attestent d'une importance réciproque : « La Chine est notre principal partenaire asiatique, notre troisième et quatrième partenaire mondial selon les importations ou les exportations. Cette année, la Suisse s'est hissée au rang de 7e fournisseur de la Chine, 7e fournisseur mondial », nous rappelle M. de Dardel.

L'économie chinoise montant en puissance et qualité, elle achète d'autant plus à la Suisse. « Les produits helvétiques, positionnés dans le haut du segment, attirent les Chinois », nous explique-t-il. « Malgré cela, on constate un ralentissement économique généralisé. Les échanges Suisse-Chine sont sujets, traditionnellement, à des hauts et des bas, des dents de scie assez importantes », tempère-t-il tout de même.

« En 2009, notre volume combiné d'échanges était d'environ de 10 milliards de dollars. Nous sommes passés l'année dernière à environ 45 milliards de dollars. Donc forte augmentation. Et ce, avant que l'accord de libre-échange (ALE) ne déploie ses effets. En 2013, nous avons atteint presque 60 milliards selon des statistiques chinoises. Donc des dents de scie, mais une tendance très marquée vers l'augmentation de ces échanges », analyse-t-il.

Le statut de la Suisse comme pays le plus innovant du monde d'après des statistiques internationales attire les Chinois et permet de nombreux échanges, notamment dans le domaine de l'aide au développement, des infrastructures mais aussi de l'innovation : « Nous avons dépassé le millier d'entreprises suisses en Chine, qui emploient un total de 200 000 personnes. Nous avons des échanges atomisés à travers des entreprises privées qui proposent des technologies suisses dans différents domaines de construction et de développement d'infrastructures, mais aussi des échanges intellectuels entre les responsables de divers domaines. Notamment celui de la protection de l'environnement qui est un grand sujet en Suisse. Nous aidons la Chine à développer des “low-carbon cities”, des villes à faible émission de CO2. Les Chinois s'intéressent justement de très près à l'innovation, pour devenir eux-mêmes un grand pays innovant. Naturellement, ils se disent qu'avec la Suisse, il y a des choses à échanger, à apprendre. Ils ne s'intéressent pas uniquement de façon institutionnelle, mais demandent aussi à leurs acteurs économiques de s'intéresser à nous », nous détaille Jean-Jacques de Dardel.

L'ALE stimule la coopération

L'accord de libre-échange signé entre la Chine et la Suisse en juillet 2014 a un an cette année. Malheureusement, les statistiques annuelles ne sont pas encore disponibles. D'après Jean-Jacques de Dardel, là n'est pas la question : « Les effets de l'accord de libre-échange ne sont pas monumentaux ni immédiats. Par définition, les produits chinois s'exportent vers la Suisse depuis très longtemps, bénéficiant de préférences tarifaires au titre de pays en développement. Les produits chinois ne payaient pratiquemment pas de droits de douane en Suisse avant l'accord. »

À ceux qui seraient potentiellement effrayés que cet accord ne donne accès au marché européen à des produits chinois encore moins chers ou que la Suisse se taille la plus grande part du gâteau dans les échanges commerciaux avec la Chine en Europe, on répond que « c'est le vœu assez généralisé en Europe de développer des échanges avec la Chine. Le fait que les Chinois constatent qu'on peut se rapprocher des Européens, la Suisse en est un exemple, favorise également des décisions d'acteurs économiques privés chinois qui sont très importants et qui pourront s'intéresser à l'ensemble de l'Europe. » L'enjeu est donc de favoriser le commerce, pas de contourner les régulations européennes : « Je ne crois pas que l' intérêt des Chinois soit de contourner quoi que ce soit, leur intérêt est beaucoup plus stratégique, plus large d'esprit. »

Et de rajouter : « Nous sommes obligés de rappeler aux uns et aux autres que la Suisse n'est pas, parce qu'elle a signé un accord de libre-échange avec la Chine, un pays à travers lequel on peut contourner les règles de l'Union européenne ou d'autres pays européens. Nos accords propres entre la Suisse et l'UE prévoient des règles strictes qu'il n'est pas question de contourner », nous rassure-t-il.

L'ALE, en plus de constatations sur les tarifs et de dispositions tarifaires, possède également un volet qui permet des échanges dans la culture, l'environnement et l'innovation. Il a également été doublé d'un accord sur le travail, ce qui, au grand dam de l'ambassadeur, est souvent occulté. Ce n'est donc pas un accord unique, mais deux accords qui ont en fait été signés. « Ce sont ces deux accords qui constituent un apport aux relations bilatérales naturellement, mais fondamentalement aux relations extérieures de la Chine. »

Cet accord précurseur a certainement permis à d'autres pays ou organisations de franchir le pas, notamment l'Australie et la Corée du Sud qui ont signé un ALE avec la Chine cette année.

La coopération touristique à fort potentiel

Une autre demande très forte des Chinois est celle du tourisme. C'est une attraction de base. Les Chinois représentent un cinquième des touristes étrangers en Suisse. « Nous avons bientôt 1,2 million de nuitées de Chinois en Suisse, ce qui fait plus de 700 000 touristes par an. Et nous nous attendons encore à une augmentation du phénomène.

La coopération dans le tourisme ne date pas d'hier, puisque il y a trente ans déjà, l'expertise suisse dans le domaine intéressait les Chinois et notamment pour développer un tourisme intelligent à travers le pays qui commençait à s'ouvrir. « Depuis longtemps, les Chinois ont ce regard : les Suisses peuvent nous aider dans ce domaine », fait remarquer Jean-Jacques de Dardel.

Un autre domaine lié au tourisme qui attire les Chinois est celui des sports d'hiver. Avec la candidature de Beijing et Zhang-jiakou pour les JO d'hiver prochains, les Chinois s'y intéresseront peut-être davantage. Ce domaine est en plein boom en Chine et la Suisse, pays de montagnes et de stations de ski, a certainement beaucoup de conseils et d'expertise à apporter dans ce domaine en Chine. « Mais ça, c'est plus à venir que présent », conclut Jean-Jacques de Dardel.