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Comment la Chine peut-elle franchir « le piège du revenu moyen »

Publié le:2015-08-19 | Augmenter la taille du texte | Réduire la taille du texte

Par:Jin Liqun | Source:Quotidien du peuple

Depuis une période, au fur et à mesure que la pression à la baisse de l'économie de la Chine augmente, il y a certain pessimisme dans les théoriciens pour l'économie chinoise. Basé sur les prévisions concernant la réduction du dividende démographique chinois et la diminution du taux de croissance potentiel, certains pensent que la Chine tombera forcément dans « le piège du revenu moyen », et qu'elle ne pourra pas pénétrer les rangs des pays à revenu élevé dans un avenir proche à travers une vitesse de croissance rapide et durable. Au cours du dernier demi-siècle, il est exact que certaines économies sont tombées dans une longue période de stagnation après être devenus des pays du revenu moyen. Il leur paraît difficile d'avancer vers le rang des pays à revenu élevé. En même temps, certaines économies qui étaient des pays du revenu moyen sont entrées dans la catégorie des pays à revenu élevé sans accroc. Le fait montre que « le piège du revenu moyen » n'est pas une fatalité, mais un obstacle à vaincre. Il faut que la Chine y réponde correctement sans être trop pessimiste. 

Sens et essence du « piège du revenu moyen » 

La conception du « piège du revenu moyen » a vu le jour sur le « Rapport du développement économique d'Asie de l'Est » publié par la Banque mondiale en 2006. Sa signification est suivante: pour certains pays, après que le revenu par habitant atteint 3000 dollars, ils tombent dans la période de stagnation économique. Pendant longtemps, ils ne peuvent pas réussir dans les rangs des pays à revenu élevé. Selon la dernière définition de la Banque mondiale, les pays à revenu par habitant en dessous de 824 dollars appartiennent à des pays à faible revenu; entre 825 et 3254 dollars, ils appartiennent à des pays à faible-moyen revenu; entre 3255 et 10 064 dollars, ils relèvent des pays à revenu élevé-moyen; plus de 10 065 dollars, ce sont des pays à revenu élevé. Selon l'étude de la Banque asiatique de développement, si un pays qui figure dans les rangs à revenu faible-moyen durant plus de 28 ans n'atteint pas aux critères à revenu élevé-moyen, il est raisonnable de dire qu'il tombe dans « le piège du revenu faible-moyen »; si un pays qui reste dans les rangs à revenu élevé-moyen pendant plus de 14 ans n'atteint pas aux critères à revenu élevé, il est exact qu'il tombe dans « le piège du revenu élevé-moyen ». En fonction de ce standard, il apparaît à nouveau 52 pays à revenu moyen depuis 1950, dont 35 pays sont déjà tombés dans « le piège du revenu moyen », 30 pays dans « le piège du revenu faible-moyen », 5 pays dans « le piège du revenu élevé-moyen ». Parmi les 35 pays du premier genre, on compte 13 pays d'Amérique latine, 11 pays de la région MENA, 6 pays d'Afrique subsaharienne, 3 pays asiatiques (la Malaisie, les Philippines et le Sri Lanka), ainsi que 2 pays européens (l'Albanie et la Roumanie). Parmi lesquels, certains pays sont déjà coincés depuis longtemps dans « le piège du revenu moyen », par exemple, le Pérou, la Colombie et l'Afrique du Sud ont été piégés dans « le piège du revenu faible-moyen » pendant plus de 60 ans. Le Venezuela qui est tombé dans « le piège du revenu élevé-moyen » a subi également ce malaise durant plus de 60 ans. En contraste frappant avec ces pays, certaines autres économies, en particulier les économies émergentes de l'Asie de l'Est ont réussi de franchir la cap du revenu moyen vers celui de niveau élevé en moins de 10 ans. À cet égard, la Banque mondiale utilise le concept de «miracle est-asiatique » pour le confirmer. 

Pourquoi certains pays peuvent passer à l'étape de revenu élevé pendant un court terme, alors que la plupart des pays à revenu moyen ont connu une stagnation sans pouvoir traverser le «piège»? Dans l'étape du développement à revenu moyen, plusieurs facteurs conduisent à la différenciation entre les pays, y compris le dividende démographique, la vitesse de croissance de l'offre de main-d'oeuvre, la vitesse de croissance de la productivité de main-d'oeuvre, le niveau de l'ouverture économique, la baisse des restrictions d'accès au marché, l'environnement extérieur, le degré de stabilité sociale et l'équité de la répartition des revenus, etc. Il est constaté que les pays tombés dans le «piège» ont généralement les caractéristiques suivantes: ils ont perdu l'avantage concurrentiel dans le domaine de fabrication avec les pays de revenu et salaire faible, et en même temps ils n'ont pas la capacité à concurrencer avec les économies développées dans le domaine de l'innovation high-tech. Leur économie qui se fonde sur la main d'oeuvre à prix bas ou les dons naturels comme les ressources et l'énergie ne peut pas s'orienter vers le modèle de croissance à forte productivité. 

En fait, « le piège du revenu» se réfère à un état d'équilibre. Il indique qu'un certain nombre de facteurs qui aident à augmenter le revenu par habitant sont d'abord mis en valeur, mais étant donné que ces facteurs présentent un certain degré de non-durabilité et que leurs effets soient contrebalancés par d'autres facteurs contraignants, la croissance du revenu par habitant s'enfonce plus tard dans un état de stagnation. C'est à dire que, dans les différents stades de développement économique, le mécanisme dynamique de la vitesse de croissance économique est différent. Le facteur d'élan qui peut promouvoir la vitesse de croissance économique au stade du revenu faible est susceptible d'échouer en phase de revenu moyen. On peut en déduire qu'au stade à revenu moyen, le fait que l'on réussit ou non de transformer le mécanisme de croissance et de rajuster la structure du développement détermine si le pays pourrait franchir le « piège du revenu moyen». 

Risques et opportunités rencontrés par la Chine  

Depuis la réforme et l'ouverture en 1978, l'économie chinoise a montré des caractéristiques telles que forte vitesse de croissance, forte épargne, investissement élevé, consommation élevée, coût environnemental élevé, dense main-d'œuvre et orientation vers l'exportation. Cette vitesse de croissance a été considérée par certains chercheurs étrangers comme « une vitesse de croissance insoutenable ». Depuis le nouveau siècle, le PIB de la Chine augmente rapidement, de 930$ en 2000 à 7575$ en 2014. Maintenant, la Chine se trouve dans une phase de développement de revenu élevé-moyen, elle fait face à une occasion sans précédent pour sauter dans les rangs des pays à revenu élevé et aussi face au risque du « piège du revenu élevé-moyen». Le développement économique de la Chine est entré dans une nouvelle normalité. C'est une tendance plutôt qu'un phénomène cyclique. Le mécanisme traditionnel pour promouvoir la vitesse de croissance économique rapide est en train de s'affaiblir. La vitesse de croissance économique est confrontée à une série de contraintes réelles, par exemple, la hausse des coûts de main-d'œuvre, les ressources et l'environnement en goulot d'étranglement serré, la tendance de la bulle des actifs dans certains domaines, la réduction de l'efficacité des investissements et l'entrave de la vitesse de croissance des exportations. En particulier, on fait face à deux faits: d'une part, la croissance rapide est transformée en croissance moyenne; d'autre part, en raison du vieillissement de la population, en 2012, la population active s'est réduite de 3,45 millions en Chine et cette baisse continue en 2013 et 2014. Bien sûr, entre la diminution de la population active et celle de l'offre de main-d'œuvre, il existe généralement un décalage de quelques années. Mais on prévoit que l'offre de main-d'oeuvre en Chine devrait bientôt connaître une croissance négative. Lors de l'analyse de la tendance à long terme de la croissance économique, on peut utiliser la formule suivante: la vitesse de croissance économique potentielle d'un pays est égale au taux de croissance de la productivité plus la vitesse de croissance de l'offre de travail. Le magazine britannique « The Economist » a fait des recherches, de 2001 à 2008, la vitesse de croissance de la productivité du travail en Chine a atteint 11,8%, de 2011 à 2014 ce chiffre est de 7.2%, soit une tendance de baisse évidente. Comme la vitesse de croissance de l'offre de main-d'oeuvre est proche de zéro, 7.2% plus 0, le taux de croissance économique potentielle de la Chine a diminué à environ 7%. Réduction de l'offre de main-d'oeuvre, vieillissement de la population et baisse de vitesse de croissance de la productivité du travail, tous sont des facteurs importants qui causent le ralentissement de la croissance économique. 

Les économies de l'Asie de l'Est qui a réussi de passer le «piège» sont entrées dans les rangs de revenu élevé avant l'accélération du vieillissement de la population. Après la deuxième moitié du siècle précédent, les pays européens, en réponse au vieillissement de la population, ont principalement adopté des mesures d'introduire les immigrants, d'accroître les investissements dans le capital humain et de relever l'âge légal de la retraite, etc. Selon les conditions nationales de la Chine, évidemment, seulement les deux dernières mesures peuvent être prises. L'âge légal de la retraite actuel de la Chine est relativement bas. En ajustant le système de retraite, on peut atténuer la situation défavorable de la baisse de l'offre de main-d'oeuvre. La qualité des ressources humaines est faible en Chine, la structure de l'offre de main-d'oeuvre est irrationnelle. Il en résulte que le niveau de productivité du travail est peu élevé et que son taux de croissance diminue sans cesse. En 2014, le taux de productivité du travail chinois était équivalent à 20% de celui des États-Unis, 30% de celui de la Corée du Sud. Les 10 prochaines années, si la Chine veut traverser le « piège du revenu moyen », il est particulièrement important d'accroître la productivité du travail. 

Quant à la façon d'améliorer la productivité du travail, de nombreux théoriciens l'ont discutée au cours des dernières années. On peut constater qu'il faut investir pour un pays dans les domaines de l'éducation, de la recherche scientifique et technologique et du développement des infrastructures, etc. Cet investissement constitue la « clé d'or » pour promouvoir l'innovation, améliorer la productivité du travail, stimuler la restructuration et la modernisation industrielles et finalement traverser le « piège du revenu moyen». L'investissement dans l'éducation et la R & D sera converti en hausse de la productivité du travail et de celle de tous les facteurs, ceux qui fournissent un nouvel élan au développement économique durable. Une série de théories économiques comme le modèle de Solow présente que, dans un certain degré, le progrès technologique et l'augmentation de la qualité de la main-d'oeuvre sont plus importants que la hausse de la founiture en capital et en force humaine pour la croissance économique. 

Maintenant, les dépenses sur l'éducation ne représentent que 4% du PIB en Chine, contre environ 5,5% aux États-Unis, plus de 5% en Corée du sud, et même 7% en Finlande. Le niveau d'éducation universelle et l'amélioration de la qualité du travail peuventcompenser dans une certaine mesure les effets négatifs de la réduction du dividende démographique sur la croissance économique. En outre, la Chine devrait continuer à promouvoir l'équité en éducation. Dans certains pays d'Amérique latine, la répartition extrêmement inégale des revenus conduit à l'accentuation des inégalités de l'éducation. Alors les différentes strates de revenus de la société sont progressivement durcies. Ce n'est pas propice à la formation d'un mécanisme de concurrence sur le marché ni à la diffusion des connaissances et de la technologie entre les différents groupes de revenus. En fin de compte il entrave l'augmentation de la productivité du travail à l'échelle de toute la société. En matière des R & D, les dépenses du gouvernement chinois et des entreprises pour les R & D ne représentent que 2% du PIB, il y a encore un large fossé par rapport aux États-Unis (3%), au Japon (3,4 %), à la Corée du Sud (3,36%) et à la Finlande (3,84%). Pour la Chine, un grand pays qui se développe rapidement, il est évident que l'avantage mis au point par l'apprentissage des techniques antérieures auprès des pays développés est forméen se diminuant. Le besoin du développement économique pour le progrès et l'innovation scientifique et technologique est en croissance. Le moyen fondamental pour l'économie de la Chine est de renforcer l'innovation indépendante. Il faut s'inspirer des expériences de certains pays qui ont réussi de traverser le «piège du revenu moyen», améliorer l'investissement dans l'éducation et en R&D, élever le niveau de l'éducation et la qualité de main-d'oeuvre, améliorer la capacité d'innovation indépendante, de sorte à augmenter substantiellement la productivité du travail. 

Entrée dans les rangs des pays à revenu élevé par la valorisation des avantages et le déchaînement du potentiel 

Il faut bien comprendre les risques et les défis, dans le même temps, il faut voir les conditions favorables et les avantages que la Chine possède. Premièrement, bien que la population en âge de travailler ait atteint un sommet, les mains-d'oeuvre nées après 50s et 60s sont graduellement remplacées par les générations nées après 80s et 90s. Le niveau global de l'éducation de la population active, c'est à dire le capital humain connaîtra une croissance accélérée au cours des 10 prochaines années. Celui qui peut compenser ainsi largement les effets négatifs de la baisse de l'offre de main-d'œuvre. La Chine pourrais entrer dans les rangs des pays à revenu élevé avant que le dividende démographique disparaisse complètement en 2030. Deuxièmement, avec la promotion des réformes du système d'imposition telles que «la taxe à la valeur ajoutée (TVA) en remplacement de l'impôt sur le chiffre d'affaires (ICA) », leurs effets en faveur de la transformation et la modernisation des entreprises et industries commencent à se montrer. « La TVA remplacée par l'ICA » peut non seulement remédier à la rupture des chaînes des déductions de la TVA entre les secteurs primaire et secondaire, réduire les coûts de l'industrie manufacturière, encourager l'innovation technologique, mais il est également bénéfique au transfert de la main-d'oeuvre productive des secteurs primaire et secondaire vers le secteur tertiaire. Cette mobilité des travailleurs stimulera l'expansion du marché du secteur tertiaire, ainsi que la répartition du travail, la coordination et le développement intégré plus large entre différentes industries pour donner une impulsion endogène à la croissance économique. Durant la prochaine période, cet effet sera plus évident. Troisièmement, approfondir la réforme du système financier au cours des dernières années, surtout la réforme du marché de capitaux aide à promouvoir un plus grand rôle du soutien financier dans la recherche et l'innovation et l'optimisation de l'allocation des ressources. Quatrièmement, les politiques nationales visant à éliminer les capacités de production en arrière et excédentaires obligent les entreprises à procéder à la restructuration et la modernisation. Enfin, depuis la crise financière internationale, les effets d'entraînement sur l'efficacité économique globale générés par l'investissement national à grande échelle dans les infrastructures apparaîtront progressivement dans les 10 prochaines années. Cela bénéficiera au renforcement du potentiel de croissance. 

Certes, le potentiel de croissance ne se traduit pas automatiquement en croissance réelle. Pour que ce potentiel devienne une réalité, il faut éliminer les obstacles grâce à la réforme. Sauf l'augmentation des investissements dans l'éducation et la R & D, le gouvernement devrait également jouer un rôle actif dans les domaines suivants: tout d'abord, il faut accélérer la réforme du système d'enregistrement des ménages, améliorer le niveau d'urbanisation, casser la division urbaine-rurale dans le marché du travail, faire transférer aux secteurs industriels et de services la main-d'œuvre du secteur agricole à baisse productivité. Dans le monde entier, les pays qui ont obtenu le succès à traverser le « piège du revenu moyen» ont réalisé un changement fondamental dans la structure des zones urbaines et rurales. Ils ont achevé la tâche historique de l'industrialisation, de l'urbanisation et de la modernisation de l'agriculture, la productivité du travail agricole peut rattraper la productivité moyenne du travail social, le revenu des habitants urbains et ruraux est à peu près égal. Deuxièmement, il faut renforcer des efforts pour protéger les droits de propriété intellectuelle. La part principale de l'innovation est l'entreprise, le sol de l'innovation est le mécanisme et l'environnement. Le gouvernement devrait fournir aux entreprises un environnement innovant et un système rassurant, encourager l'innovation et la création d'entreprises par les masses. En outre, il faut lutter contre la corruption et rectifier les comportements des fonctionnaires, accélérer la transformation des fonctions gouvernementales et en particulier promouvoir globalement le gouvernement de l'État en vertu de la loi, ce qui permettra de créer un environnement d'affaires légalisé pour les entreprises.  

En bref, tant que nous mettrons en œuvre les tâches concernant la réforme et le développement du 18e Congrès national du PCC et les troisième et quatrième sessions plénières du 18e Comité centrale du PCC, apprendre raisonnablement de l'expérience des économies réussies de l'Asie orientale, la Chine sera en mesure de continuer à maintenir une croissance à grande ou moyenne vitesse dans les 10 prochaines années pourra franchir « le piège du revenu moyen » et entrera avec succès dans les rangs des pays à revenu élevé. 

(Auteur est le Secrétaire général du Secrétariat intérimaire multilatéral de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures)