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« Made in China 2025 », une étape décisive dans le développement de la Chine

Publié le:2015-09-07 | Augmenter la taille du texte | Réduire la taille du texte

Par:JOHN ROSS | Source:french.china.org.cn

«Made in China 2025 », le programme lancé par le gouvernement pour consolider la position de la Chine en tant que grande puissance de l'industrie high-tech, représente une clé stratégique pour le développement du pays. En analysant pourquoi, on comprend mieux les défis auxquels doit répondre l'économie chinoise.

Les objectifs spécifiques de « Made in China 2025 » sont de mettre l'accent sur une industrie manufacturière basée sur l'innovation et la qualité, et d'atteindre 70 % de composants clé produits localement d'ici à 2025. Ce programme détaille 10 secteurs clé qui devront subir une modernisation drastique, dont les technologies de l'information, les machines-outils et la robotique, l'aérospatiale, les chemins de fer, la production électrique, les biotechnologies et les produits médicaux avancés.

Le problème de développement fondamental de la Chine est simple. La Chine est aujourd'hui la seconde économie mondiale, si on la mesure selon le cours de change du dollar, ou la première, en parité de pouvoir d'achat (PPP). Mais en PIB par habitant, la Chine reste loin derrière les pays industrialisés, et en particulier les États-Unis, le pays économiquement le plus avancé. Ainsi que l'on peut le voir dans le tableau 1, le PIB par habitant de la Chine n'était égal qu'à 24 % de celui des États-Unis en 2014. Ce tableau reprend des indicateurs calculés en PPP puisque sur le long terme, les taux de change tendent vers un équilibre des pouvoirs d'achat, et que par conséquent cette dernière mesure est plus à même de permettre la mesure de tendances sur de longues périodes.

Dans la mesure où le niveau de vie est en gros proportionnel au PIB par habitant, et que ce dernier reflète la productivité moyenne du pays, le défi majeur pour la Chine pour assurer sa future prospérité est de réduire l'écart entre son PIB par habitant et celui des économies les plus avancées. Bien entendu, l'écart est actuellement si important qu'il ne pourra pas être comblé rapidement.

Pour analyser l'expérience internationale afin de voir quelles stratégies de développement ont été les plus efficaces pour atteindre ce résultat, il faut se garder de comparer la Chine avec de très petits pays, dont l'économie est souvent extrêmement spécialisée, et qui n'offrent donc pas une base comparative satisfaisante. C'est pourquoi le tableau 1 présente le PIB par habitant des 15 premières économies mondiales. Les données montrent lesquels de ces pays ont réussi à rattrapper leur retard en PIB par habitant avec celui des États-Unis, et lesquels ont échoué et ont vu l'écart s'accroître.

Le premier point le plus frappant est que tous les pays industrialisés avancés, à l'exception notable du Royaume-Uni, ont vu leur PIB par habitant s'accroître moins vite que les États-Unis depuis 1980. Un tableau plus détaillé révèlerait que le Royaume-Uni a également perdu du terrain par rapport aux États-Unis depuis 2008. Conclusion : les stratégies de développement choisies par les pays industrialisés n'ont pas permis de réduire l'écart avec les États-Unis et les ont retardé d'autant plus.

Si l'on se tourne vers les pays en développement, on constate que deux pays : le Brésil et le Mexique, se sont appauvris. Trois autres pays majeurs, l'Indonésie, l'Inde et la Russie, sont parvenus à quelques résultats modestes, puisque leur écart de développement s'est réduit respectivement de trois, six et huit points de pourcentage. Mais les pays qui ont réussi de façon réellement spectaculaire sont au nombre de deux : la Chine et de la Corée du Sud. La première a gagné 22 points de pourcentage et la seconde, qui partait d'un point de départ plus élevé que la Chine, a réussi à réduire l'écart de 48 points de pourcentage.

La Corée du Sud est un pays particulièrement bien adapté à la comparaison, puisque son niveau de développement, en 1980, était de 17 % du PIB américain par habitant, c'est à dire qu'il était comparable aux 24 % que présente la Chine aujourd'hui. Plus précisément, le développement actuel de la Chine relativement aux États-Unis est celui de la Corée du Sud en 1986. Étant donné que cette dernière présente aujourd'hui un PIB par habitant égal à 65 % de celui des États-Unis, juste derrière le Japon, on peut dire que si la Chine parvenait à rééditer l'exploit coréen de ces dernières décennies, elle aurait pratiquement réussi à résoudre son problème de développement… et en termes absolus, l'économie de la Chine représenterait le double du PIB américain.

En résumé, le succès réellement fantastique des stratégies de développement de la Corée du Sud et de la Chine ces dernières années contraste avec les résultats largement négatifs des pays les plus avancés.

Passant des données à leur explication, on peut constater que le trait qui distingue la Chine et la Corée du Sud des autres économies est clair : les deux se sont concentrés sur le développement de leur industrie manufacturière. La Chine est devenue le premier producteur industriel du monde, dépassant les États-Unis, tandis que la Corée du Sud a vu ses champions nationaux comme Samsung ou Hyundai devenir des marques internationales reconnues. Si vers 2004 le chiffre d'affaires des grandes entreprises provenait pour 34 % de la production de produits manufacturés, ce chiffre atteignait 46 % en 2013.

Ces données montrent clairement pourquoi l'initiative « Made in China 2025 » est une initiative stratégique décisive pour la Chine. Elles corrigent également un malentendu fréquent au sujet du développement économique. Ce que ces données montrent est que la diminution de la part de l'industrie au profit des services qui s'est observée dans la plupart des pays avancés correspond à un recul et non à un progrès économique. À l'exception du Royaume Uni, ce sont les pays industrialisés qui ont le mieux maintenu leur position de producteurs de biens, comme les États-Unis, l'Allemagne et le Japon, qui ont également engrangé les meilleurs résultats en termes de développement relatif. Au niveau mondial, ce sont les pays qui se sont le plus concentrés sur leur industrie manufacturière, c'est à dire la Chine et la Corée du Sud, qui ont été les plus brillants en termes de développement économique. L'Inde, qui est aujourd'hui en forte croissance, et sa récente campagne « Make in India » visant à remettre l'accent sur l'industrie, suit cette même logique. L'industrie manufacturière est la clé des décollages économiques les plus réussis. Tel est le contexte de l'initiative « Made in China 2025 ».

Mais alors que l'industrie manufacturière sera stratégiquement décisive pour la Chine pendant une période à venir, c'est le type de produits manufacturés qui devra changer radicalement. Un certain nombre d'études ont confirmé que l'hypothèse avancée par la théorie économique selon laquelle les industries suivent les bas salaires, comme par exemple la production textile ou de jouets, ou encore les opérations d'assemblage n'a pas pu fournir à la Chine une voie de développement jusqu'à son niveau présent. Ces études montrent en revanche que la Chine n'encaissait que 2 à 4 % du chiffre d'affaires des iPhones et des iPods qu'Apple faisait assembler dans le pays, tandis que les sociétés chinoises, elles, transféraient leur production de chaussures vers des pays à bas salaires comme l'Éthiopie. De plus, dans une économie moderne, les industries manufacturières avancées sont de plus en plus intégrées grâce à l'Internet, une des raisons pour lesquelles la Chine a lancé parallèlement son programme appelé « Internet Plus ».

Mais les tendances globales montrent clairement que les industries manufacturières seront la clé du succès pour le développement de la Chine. C'est ce qui fait de « Made in China 2025 » un programme aussi capital.

*John Ross est chercheur à l'Institut d'études financières Chongyang relevant de l'université Renmin à Beijing. De 2000 à 2008, il a été responsable de la politique économique et commerciale au sein de l'administration du maire Ken Livingstone à Londres. Auparavant, il a été conseiller pour plusieurs entreprises internationales opérant dans les secteurs minier, financier et manufacturier.