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La Chine avance vers un pays à revenu élevé grâce à un développement de qualité

Publié le:2018-03-07 | Augmenter la taille du texte | Réduire la taille du texte

Par:Lin Yifu, Liu Peilin | Source:Quotidien du Peuple (le 14 janvier 2018)

Le XIXe Congrès national du Parti communiste chinois (PCC) a défini les objectifs de la Chine pour la période à venir : faire de la Chine un grand pays socialiste moderne et réaliser le grand renouveau de la nation chinoise vers le milieu du siècle. Le Parti a aussi formulé les moyens pour parvenir à ces objectifs : continuer de moderniser la structure économique du pays, œuvrer pour un développement de qualité, plus durable et plus inclusif, surmonter le « piège du revenu intermédiaire » afin d’entrer dans les rangs des pays à revenu élevé. En effet, la Chine dispose de toutes les conditions pour échapper avec succès le « piège du revenu intermédiaire ».  

Nous devons comprendre correctement le seuil de la catégorie des pays à revenu élevé.   

Le terme de « piège du revenu intermédiaire » a été utilisé pour la première fois en 2006 par la Banque mondiale dans son Rapport sur le développement économique en Asie de l’Est, pour décrire le phénomène suivant : certaines économies, après être entrées dans la tranche des pays à revenu intermédiaire, voient leur PIB par habitant stagner, voire régresser et ne parviennent pas à entrer dans la catégorie des économies à revenu élevé.  

Pour comprendre correctement ce terme, il faut d’abord connaître les critères appliqués par la Banque mondiale dans sa classification des niveaux de revenu. En effet, depuis la fin des années 1970, la Banque mondiale classe les économies du monde en différents groupes dans ses rapports sur le développement dans le monde. Mais au début, elle n’appliquait pas de critères précis et fixes, et classait seulement les économies dans les catégories suivantes, selon leur niveau technologique, leur niveau de revenu et leur système économique : les économies industrialisées (les membres de l’OCDE de l’époque), les économies en développement (divisées en deux catégories : les pays à revenu intermédiaire et à faible revenu), les pays riches exportateurs de pétrole et les économies à planification centrale. 

 Pour faciliter les analyses, à partir de 1989, la Banque mondiale repose sur la seule base du revenu national brut (RNB) par habitant pour classer les économies en quatre groupes : les économies à revenu élevé (RNB par habitant supérieur à 6 000 dollars), les économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (RNB par habitant entre 1 941 et 6 000 dollars), les économies à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (RNB par habitant entre 481 et 1 940 dollars) et les économies à faible revenu (RNB par habitant égal ou inférieur à 480 dollars), les seuils étant exprimés en dollars de 1987. Par la suite, la Banque mondiale ajuste chaque année les seuils en fonction de l’indice des prix du panier des monnaies du droit de tirage spécial (DTS). Contrairement à l’idée reçue, les seuils peuvent baisser selon l’évolution des prix. Par exemple, pour les cinq ans allant de 2012 à 2016, le seuil de la catégorie des pays à revenu élevé a été respectivement de 12 615 dollars, 12 745 dollars, 12 735 dollars, 12 745 dollars et 12 235 dollars.  

En réalité, bien que les seuils soient ajustés en fonction des prix de chaque année, les niveaux « réels » de seuil, c’est-à-dire, après déduction du facteur prix, restent relativement stables. Comme l’économie mondiale progresse dans son ensemble, le seuil de la catégorie des économies à revenu élevé affiche une tendance à la baisse par rapport au RNB mondial par habitant et par rapport à celui des pays développés. Au début des années 1990, il équivalait à environ 30% du RNB par habitant des États-Unis et 1,8 fois le RNB mondial par habitant, contre seulement 22% et 1,2 fois en 2016. 

Il convient également de noter que le RNB par habitant, utilisé dans la classification de la Banque mondiale, est différent du revenu disponible des ménages par habitant. En effet, le RNB comprend quatre éléments : la rémunération des salariés, la dépréciation du capital, les revenus provenant du capital (bénéfices) et les impôts indirects perçus par le gouvernement. Il représente donc l’ensemble des revenus reçus par les entreprises, les institutions financières, le gouvernement et les habitants. Cet indice sert à mesurer le niveau de développement économique global d’un pays, alors que le revenu disponible par habitant se réfère uniquement au revenu dont disposent les ménages. Par conséquent, ce dernier est forcément inférieur au RNB par habitant. 

Les perspectives économiques de la Chine pour son entrée dans la catégorie des pays à revenu élevé 

De prime abord, échapper au « piège du revenu intermédiaire » pour entrer dans le rang des pays à revenu élevé est une question de croissance économique. Quelles sont alors les perspectives économiques de notre pays ? 

Avant 1996, la Chine appartenait à la catégorie des pays à revenu faible. Elle est ensuite entrée dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en 1999, avant de passer à la tranche supérieure en 2010. Le RNB par habitant de notre pays correspondait respectivement à 4,3%, 5,8%, 10,1%, 16,4%, 35,4% et 67,5% du seuil de la catégorie des économies à revenu élevé pour les années 1990, 1995, 2000, 2005, 2010 et 2016. Ces chiffres montrent donc que le RNB par habitant de notre pays s’approche très rapidement du seuil de la catégorie des économies à revenu élevé.  

D’après les estimations prudentes tenant compte des divers facteurs, la Chine pourrait faire partie des pays à revenu élevé au cours des prochaines années. Cette prévision est basée sur plusieurs éléments et hypothèses : d’abord, elle s’appuie sur le RNB par habitant de la Chine de 2016, qui est de 8 260 dollars d’après les chiffres de la Banque mondiale. Ensuite, elle suppose que le RNB par habitant de notre pays maintienne une croissance à 6%, que le seuil de la catégorie des économies à revenu élevé augmente à 1%, étant donné qu’il progressait à 0,98% en moyenne chaque année pour la période allant de 2007 à 2016, que la hausse des prix en Chine reste en moyenne à 1% par an, et que le taux de change du Dollar par rapport à Yuan demeure à 6,7 yuans pour 1 dollar. Sur la base de ces hypothèses, notre pays peut entrer dans les rangs des pays à revenu élevé d’ici 2023.  

La situation réelle peut être différente des hypothèses de cette prévision. Mais dans tous les cas, il est fort probable que la Chine rejoint les pays à revenu élevé d’ici 2030, soit 13 à 20 ans après son entrée dans la catégorie des économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure en 2010, ce qui est tout à fait réalisable si nous observons l’expérience des pays qui sont entrés dans la tranche de revenu élevé durant les 30 dernières années. Selon l’objectif défini par le XIXe Congrès national, d’ici 2035, notre pays aura réalisé l’essentiel de la modernisation socialiste. Dès lors, le RNB par habitant de notre pays dépassera nettement le seuil du revenu élevé et notre pays se tiendra fermement parmi les économies à revenu élevé.  

Pour devenir une économie à revenu élevé, notre pays doit parvenir à un développement de haute qualité.  

Passer de la catégorie du revenu intermédiaire à celle du revenu élevé n’est pas uniquement de l’ordre de la croissance, mais implique en réalité la solution d’une série de problèmes structurels. Ce n’est qu’en atteignant un développement de haut qualité de nous pourrons faire partie des économies à revenu élevé. À cet effet, nous devons accomplir trois tâches prioritaires.  

D’abord, nous devons continuer à moderniser nos technologies et industries. Avec un nombre de population comparable à celui d’un continent, notre pays peut accueillir une vaste diversité de technologies et d’industries. Cependant, nous sommes au premier rang mondial dans très peu de domaines et avons pas mal de retard par rapport aux pays avancés dans de nombreux secteurs, tels que les machines-outils, l’équipement, les composants clés, la biologie, la médecine, l’équipement médical et les matériaux. Pour maintenir une croissance moyenne dans la période à venir, il faut réduire notre écart dans ces domaines et augmenter notre productivité totale des facteurs (PTF). Dans le rapport présenté au XIXe Congrès national du PCC, le Parti a appelé à « appliquer le nouveau concept de développement et à édifier un système économique moderne », par la mise en œuvre d’une série de dispositions stratégiques, notamment l’approfondissement de la réforme structurelle du côté de l’offre et l’accélération de l’édification d’un pays novateur. Ces dispositions permettront de porter nos technologies et industries à un nouveau palier et d’élargir les possibilités quant au transfert de la main-d’œuvre interne dans les industries non agricoles vers les secteurs à haute productivité, promouvant ainsi le développement de haute qualité, surtout dans le contexte d’un ralentissement important du transfert de la main-d’œuvre agricole vers les industries non agricoles.  

Ensuite, nous devons réduire l’écart de revenus et de richesse, augmenter la mobilité sociale et parvenir à un développement plus inclusif. L’expérience d’autres pays nous apprend que la réduction de l’écart de revenus et de richesses constitue une condition indispensable pour entrer dans les rangs des pays à revenu élevé. En effet, de nombreuses raisons peuvent expliquer les écarts de revenus et de richesse croissants : certaines de ces raisons sont raisonnables et favorables au progrès social global, par exemple, les compétences personnelles, les efforts de chacun et l’appétit pour les risques, tandis que d’autres nuisent au progrès social. Pour ces dernières, dans le cas de la Chine, nous pouvons constater des taxes et frais incohérents, des facteurs institutionnels défavorables à la sauvegarde des droits et intérêts des agriculteurs, de la flambée des prix de l’immobilier dans certaines villes, ou encore, des pratiques illégales dans la quête de bénéfices. C’est pour ces raisons que le Parti a proposé, dans son rapport présenté au XIXe Congrès national, des mesures pour réduire l’écart des revenus à partir de trois axes : garantir l’égalité des chances, améliorer la structure initiale de distribution des revenus et laisser le gouvernement jouer le rôle de régulation dans la redistribution des revenus. La mise en œuvre de ces mesures ainsi que l’amélioration des politiques macroéconomiques pourront maintenir les prix des produits et des facteurs dans une fourchette raisonnable, et réduire l’écart de revenus et de richesse jusqu’à un niveau acceptable.  

Enfin, nous devons améliorer la qualité de l’environnement écologique et renforcer la durabilité environnementale de notre développement. Aujourd’hui, les problèmes environnementaux affectent de manière importante la qualité de vie de la population chinoise ; notre développement économique est accompagné de l’aspiration croissante de la population à un environnement agréable. D’un côté, les mesures prises pour améliorer les conditions environnementales, telles que la qualité de l’atmosphère, de l’eau et du sol, augmenteront certainement les coûts de production et freineront la croissance de l’investissement et de la production dans les industries polluantes et à forte intensité d’émissions ; mais de l’autre, elles auront aussi un effet catalytique sur la croissance car les mesures réglementaires environnementales favoriseront la R&D et la diffusion des technologies vertes, stimulant ainsi les investissements connexes. Selon les études, la Chine se trouve déjà au point d’inflexion de la courbe environnementale de Kuznets : à l’avenir, sa croissance économique n’impliquerait plus l’augmentation des émissions polluantes. Dans le rapport présenté au XIXe Congrès national, le Parti a proposé de « mettre en place un système d’innovation des technologies vertes basé sur les besoins du marché, développer la finance verte, l’industrie de l’environnement et des économies d’énergie, le secteur de la production non polluante et l’industrie d’énergie propre ; faire progresser la révolution dans la production et la consommation des énergies, de manière à mettre en place un système d’énergie propre, efficace, sûr et à faible émission de carbone ». Pour conduire notre pays vers les rangs des économies à revenu élevé, il nous est indispensable de mettre en œuvre ces plans, afin d’édifier un système économique moderne qui incarne pleinement les exigences de la civilisation écologique et qui réponde à l’aspiration du peuple à un environnement meilleur.  

D’une manière générale, la résolution des ces problèmes structurels ne sera pas un handicap à la croissance économique. Au contraire, elle créera des conditions techniques, environnementales et sociales favorables à une croissance soutenue. Plus important encore, ces objectifs structurels ne sont pas simplement des moyens pour promouvoir la croissance, mais constituent eux-mêmes le sens propre du développement économique.   

Cependant, il est à rappeler que, même si la Chine parvient à franchir le seuil des économies à revenu élevé, elle restera à un niveau relativement bas parmi les pays de cette catégorie et devra tirer les leçons des autres, afin d’éviter une régression vers la catégorie des économies à revenu intermédiaire à cause des erreurs stratégiques et politiques. Elle devra également éviter une stagnation de son développement, continuer à promouvoir un développement inclusif et durable, à moderniser ses technologies et industries pour les porter vers un niveau avancé sur le plan mondial, tout en maintenant un taux de croissance plus élevé que les autres pays à revenu élevé. 

Si la Chine entre dans la catégorie dans économies à revenu élevé, la proportion de la population mondiale vivant dans cette catégorie doublera, passant de 16% actuellement à environ 35%. D’ici là, le niveau de vie de plus d’un milliard de Chinois sera considérablement amélioré, et plus de 5 milliards de personnes vivant dans les autres pays à revenu faible ou intermédiaire bénéficieront d’un plus grand espace de marché et des sources de technologies plus riches. La Chine pourra également partager son expérience pour aider davantage ces pays à gérer leur propre processus de développement, contribuant ainsi de manière importante au développement de l’humanité.  

(L’auteur de cet article travaille à l’Université de Pékin.)